Jean-Louis Bessis, si vous étiez … (Journal des sociétés)

 

Un défaut : L’obstination.

Quand je me fixe un but ou prends une résolution, il m’arrive de poursuivre sa mise en œuvre avec acharnement. Cet entêtement face aux obstacles peut me rendre intraitable. Rassurez-vous : je reste lucide dans l’obstination. L’Achab de Moby Dick qui pousse l’obstination jusqu’à affronter la baleine n’est pas mon modèle de vie. Je n’ai aucun goût pour le tragique.

Une qualité : La ténacité.

Je ne renonce pas aisément à mes idées, ni à mes entreprises. En dépit des obstacles. La ténacité demande tantôt d’être prudent, tantôt d’être impétueux. Dans une époque, marquée par l’accélération de tout et par l’extrême fluidité des gens et des choses, j’ai tendance à penser qu’il ne faut pas « baisser les bras ».

Une devise : J’aime bien cette formule de Max Weber : « La politique est un effort tenace et énergique pour tarauder des planches de bois dur ».

Un livre : Le Dictionnaire Khazar de Milorad Pavic.

Un livre étrange et fascinant que je ne manque pas de rouvrir et de parcourir régulièrement. Tout à la fois glossaire, encyclopédie, dictionnaire maudit, recueil de légendes et de biographies. Ce dictionnaire retrace la naissance et la disparition du mystérieux peuple Khazar. Au VIIIe siècle, le Prince Khazar invita un moine, un derviche et un rabbin à débattre des mérites de chaque religion. Le dictionnaire propose trois récits de cette controverse : selon la version, les Khazars optent pour le Judaïsme, le Christianisme ou l’Islam. S’il respecte l’ordre alphabétique, le dictionnaire peut aussi se lire à l’envers, en diagonale, au hasard ou en partant du milieu dans n’importe quelle direction. Bref : je me sens très Khazar.

Un tableau : Le Prêteur et sa femme de Quentin Metsys.

Une scène de la vie quotidienne dans le comptoir d’un changeur d’une ville commerçante de la Flandre de la Renaissance. Un miroir convexe reflète une fenêtre à croisée qui s’ouvre vers l’extérieur. Les anamorphoses m’ont toujours fasciné. On peut voir ce tableau au Louvre.

Un juron : Sapristi, flûte, cornegidouille.. Je ne retrouve plus le juron que je prononçais quand, jeune avocat, je remportais une affaire. Je crois que c’était Bingo. À moins que ce ne soit Banzai.

Un contemporain du sexe opposé :

Ma fille Lola. Évidemment.

Un plat : Le couscous au poisson.

Mon régime alimentaire actuel manque cruellement de diversité. Il scandalise mes proches. Il paraît que les oiseaux se cachent pour mourir. Je devrais peut-être me cacher quand je me nourris. Pour répondre à votre question, je dois me tourner vers l’enfance. Spécialité de ma grand-mère, elle nous préparait un couscous au poisson tous les mardis soir. Pourquoi le mardi soir ? Les pêcheurs ne travaillaient pas le dimanche mais sortaient pêcher le lundi. Quel rapport avec la choucroute ? Aucun. Si : le poisson.

Un personnage historique : Geoffrey Lawrence.

Lawrence dirigeait la délégation britannique au procès de Nuremberg. Désigné comme président du Tribunal, il conduisit les débats avec rigueur et une ferme impartialité. Les accusés eurent la parole dans des conditions de dignité et de justice. Les jugements qu’il prononça étaient particulièrement clairs.

Un rêve : Enfant, je rêvais d’être espion. Pas tellement pour la double vie. J’y voyais une manière de se rendre utile mais en travaillant dans l’ombre. Une citation de Woody Allen me vient à l’esprit : « J’aurais voulu être espion, mais il fallait avaler des microfilms et mon médecin me l’a interdit ».

Un autre métier : Géomètre

Ce métier exige précision et rigueur et s’exerce en plein air.

Une réforme ou une loi : la Loi du 9 novembre 1981.

Elle autorise les radios locales à émettre, donnant ainsi naissance à des milliers de radios. Jusqu’alors, seules les radios publiques avaient droit de cité. De 1976 à 1981, les radios privées subissaient brouillages de ligne, interventions policières et saisies du matériel. J’étais leur avocat. Cette loi ouvrit la voie à la libéralisation de l’audiovisuel. Pour le pire, mais aussi pour le meilleur. Ah. J’oubliais. Je suis le rédacteur de cette loi.

 Journal spécial des sociétés (JSS)

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