Abstention : Pourquoi 62 % d’avocats se tiennent ils à l’écart de notre démocratie ordinale ? 

62 % d’avocats ne prennent pas part à l’élection du Bâtonnier comme à celle du Conseil de l’Ordre.  Ou de manière intermittente.

 43 % d’entre eux, selon l’IFOP, n’ont eu aucun contact avec l’Ordre en 2014. 83 % ne prennent plus la peine d’ouvrir le Bulletin du Barreau.

L’Ordre, il est vrai, prête une attention lointaine, voire compassionnelle, à la précarisation de la profession, aux inégalités qui se creusent.

Les sujets de préoccupation pourtant ne manquent pas.

Nos instances ordinales font preuve d’une inquiétante passivité devant les abus du statut social de la collaboration libérale.

En dépit du nombre croissant de réclamations, aucune requalification n’a été prononcée par la Juridiction du Bâtonnier depuis plus de six ans. Et quand des cabinets sont condamnés par les juges d’appel, ils ne sont pas poursuivis sur le plan disciplinaire.

Qui peut comprendre que l’effort de solidarité pour tout le Barreau de Paris soit inférieur à l’indemnité annuelle de base du seul bâtonnier ?

Si les Bâtonniers se préoccupent aussi peu des conditions réelles d’exercice du métier par la majorité des confrères, une majorité d’entre eux ne juge pas (ou plus) utile de faire le tri parmi les candidats.

Facteur aggravant : la gouvernance de l’Ordre est illisible pour les confrères qui n‘appartiennent pas aux premier, deuxième et troisième cercles du sérail : c’est-à-dire l’immense majorité.

Elle est organisée selon des règles résolument byzantines :

  • Le Bâtonnier n’entre en fonction qu’un an après son élection : pendant un an, on l’affuble du titre assez peu républicain de « Dauphin ».
  • Le Bâtonnier en exercice assure la seconde année de son mandat sous le regard de son « Dauphin ».
  • Pour corser le tout, l’invention récente du vice-Bâtonnier (2010) est venue ajouter une couche de complexité. Le vice-bâtonnier n’a d’autres pouvoirs que ceux que le Bâtonnier veut bien lui déléguer (et qu’il aurait tout autant pu déléguer à un membre du Conseil).

Si l’architecture de nos instances est illisible pour la majorité de nos confrères, comment s’étonner qu’ils se tiennent à l’écart des élections ?

C’est pourtant des abstentionnistes, et d’eux pour une large part, que dépendent les réorientations qui s’imposent.

Il leur appartient de surmonter, pour une fois, leur scepticisme.

Et de m’accorder, selon la formule consacrée, leurs suffrages.

Lire, à ce propos, ma Lettre aux sceptiques

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