Numérique : comment relever le défi ?

Avant de dénoncer les Legal techs, il convient de porter un regard lucide sur l’usage que notre profession fait du numérique.

La profession n’est pas en pointe quant à l’usage qu’elle fait du numérique dans les relations avec les clients. C’est paradoxal, car nos échanges avec nos clients sont plus importants en volume et souvent encore plus confidentiels.

Moins d’un cabinet français sur 100 est équipé d’un espace client sécurisé accessible depuis son site. Nous ne pourrons pas durablement continuer d’exposer nos échanges avec les clients, au piratage ou aux erreurs de destinataire. Au-delà de la sécurité, il convient de repenser la relation avocat-client au travers du numérique.

La profession s’expose au risque que des nouveaux venus (les fameuses Legal Techs) comblent ce déficit de proximité numérique avec ses clients.

Les Legal techs, au reste, ne forment pas un bloc.

Certaines s’adressent directement au public : en automatisant un certain nombre de prestations comme la rédaction de contrats personnalisés, voire même la résolution de litiges, et ce pour un tarif fixe. Elles risquent de déstabiliser l’équilibre économique fragile de nombreux cabinets. Il faudra encadrer leur développement. Je m’étonne, au passage, qu’un de mes compétiteurs propose que l’Ordre devienne « le régulateur des services juridiques en ligne ». C’est oublier un peu vite l’existence du CNB. Le CNB est ce qu’il est (et il faudra bien finir par le réformer) mais il reste l’instance représentative de la profession tant vis-à-vis des pouvoirs publics que vis-à-vis des autres professions.

D’autres Legal techs s’adressent aux professionnels du droit : elles permettent aux avocats d’offrir des services en ligne, d’améliorer leur productivité et de se positionner sur ce qui constitue leur vraie valeur ajoutée.

Les Français et les justiciables ont bien compris : ils ne sont que 2 % à juger que l’avocat a principalement vocation à rédiger des actes juridiques. Selon eux, notre vocation principale est de les conseiller dans le cadre de la procédure (19 %), négocier un accord entre les parties (6 %) et leur expliquer la procédure (6 %). (Source : Le regard des Français sur la Justice et les avocats Septembre 2016 Sondage Ifop pour l’Ordre des avocats de Paris).

 

Certains de mes compétiteurs proposent que le Conseil de l’ordre fournisse un « Kit de l’avocat Connecté », voire même un « Pack Digital clef en main ». Le Conseil devra, selon moi, résister à la tentation de fournir un kit ou un pack, forcément standard, aux cabinets parisiens. Alors que les Legal techs rivalisent d’inventivité pour servir et anticiper les attentes de la profession, le Conseil de l’Ordre doit encourager l’innovation et la concurrence.

Je penche plutôt pour une labellisation.

Je souhaite, en revanche, renforcer les moyens et élargir les missions de l’incubateur.

Celui-ci devrait, selon moi, assurer quatre fonctions.

  • Un observatoire des innovations et des Legal techs. Il produira un rapport annuel (Cette fonction pourrait être mutualisée avec le CNB).
  • Un lieu de rencontre et de formation pour accompagner les cabinets dans leur transition numérique.
  • Un show room où les avocats pourront découvrir les solutions innovantes proposées par les Legal techs
  • Un accélérateur pour les avocats et élèves-avocats qui souhaitent se lancer dans l’aventure de l’entreprise.

Bref : un laboratoire du changement.

 

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