En direct du bal des Bâtonniers

Campagne oblige, je me suis rendu cette année, exceptionnellement, au Bal du Bâtonnier.

A cette occasion, chaque année, le Palais de Justice est tout entier transformé en palais des mille et une nuits. Orchestres de chambre. Jeux de lumière. Des buffets sont dressés dans la salle des pas perdus. Smoking et robe longue sont de rigueur. Une foule se presse. Converse. Danse. Se bâfre. Des vigiles surveillent les entrées et refoulent implacablement les confréres intrus qui ont le front de se présenter sans carton d’invitation.

1 500 confrères figurent sur la liste des invités. Il est permis de se demander ce qui vaut à 5 % des avocats parisiens de figurer sur cette liste. Et à 95 % d’en être exclus.

Toutes les communautés s’organisent autour de rites de passage ou d’intégration : ici, il s’agit plutôt d’un rite d’exclusion.

Cette année, le Bal des Bâtonniers comprenait en son sein un Carré VIP. Oui : vous avez bien lu. Un carré VIP, lui-même réservé à 10 % des 1 500 heureux élus.

Notre consoeur, Christine Courrégé, espiègle, a cru pouvoir se glisser dans ce carré.

Christine Courrégé est une figure incontestée de notre Barreau. Elle avait, on s’en souvient, été injustement placée pendant cinq ans sous contrôle judiciaire pour un délit imaginaire. En juin 2016, 50 avocats parisiens (dont moi-même) s’étaient rendus à Rennes pour la soutenir devant la chambre d’e l’instruction de la Cour d’appel. Autant dire qu’elle incarne ce qu’il y a de meilleur dans notre Barreau.

Christine Courrégé, donc, se présente au contrôle des cartons VIP. Un vigile lui en refuse l’accès.

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Elle proteste. Plusieurs confrères s’interposent quand les vigiles en viennent aux mains.

Le Bal du Bâtonnier illustre de manière saisissante la persistance, au sein de notre Barreau, d’un mode de fonctionnement qu’il faut bien qualifier d’aristocratique.

Des règles non écrites y tracent une ligne de partage invisible entre une étroite nomenklatura et le reste des avocats ordinaires.

Un candidat au Bâtonnat, l’an dernier, avait suggéré de transformer le Bal du bâtonnier en bal populaire place Dauphine, devant le Palais de Justice. Pourquoi pas.

Une certitude : j’abolirai ce rituel d’ancien régime. Dispendieux.

Qui bafoue, au choix, les proclamations d’unité de la profession, la confraternité la plus élémentaire et les principes républicains.

Voir aussi : Bal du Bâtonnier : quels sont les critères d’invitation ?

 

 

 

2 réflexions sur « En direct du bal des Bâtonniers »

  1. quand je pense que j’ai toujours vécu dans l’ignorance que le bal du bâtonnier existait encore, persuadée que j’étais qu’il avait été supprimé.

    je me fiche bien de ne pas y être invitée mais j’aurais juste aimé le savoir … que je n’étais pas digne d’y figurer.
    d’autant plus que l’argent n’ayant pas d’odeur, mes cotisations ne sentent pas mauvais et sont les bienvenues.

    enfin de toute façon, je n’ai pas de robe longue et mon mari pas de smoking. ça c’est une bonne raison pour ne pas être invitée, le problème c’est qu’on ne m’a pas interrogé sur ma garde robe avant de ne pas me mettre sur la liste des invités.

  2. Je suis scandalisée par ces dépenses somptuaires financées par nos cotisations. Effectivement, nous sommes au bal du roi dénommé pour l’occasion bâtonnier qui utilise notre argent à des fins personnelles, c’est pathétique !
    J’appelle et espère de tout coeur votre élection dès demain.

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