Barreau d’affaires & PME

Je ne réduis pas le Barreau d’affaires parisien aux seules grandes structures, largement internationalisées, avec la multitude de cabinets d’affaires, à taille humaine, qui conseillent et accompagnent les PME.

Je n’ai pas une inquiétude excessive pour les premières, même si je les sais soumises à une âpre concurrence et à une course intense à la rentabilité. Je garde en mémoire cette mise en garde de notre confrère Jean-Michel Darrois. « On aura malheureusement de plus en plus de mal à distinguer un avocat d’affaires d’un banquier d’affaires si certains professionnels ne parviennent pas à se recentrer sur ce qui fait l’essence du métier d’avocat : sa déontologie ».

Je serai attentif aux attentes du Barreau d’Affaires, dans toute sa diversité.

Avec une attention particulière pour les cabinets qui travaillent au contact des PME.

84 % des patrons de PME ont une bonne image des avocats et 87 % ont confiance en eux, selon un sondage récent. Lorsqu’ils font appel à un conseil extérieur, ils préfèrent l’avocat à toutes les autres professions du droit et du chiffre dans 72 % des cas de rédaction ou de négociation de contrat, dans 69 % des cas de transmission d’entreprises et dans 52 % des cas d’acquisition d’entreprises.

Cela devrait encourager l’Ordre à poursuivre ses efforts de pédagogie pour que les TPE-PME adoptent le plus largement possible le réflexe avocat. Je porte un jugement favorable sur l’opération L’Avocat dans la Cité qui permet à avocats parisiens d’aller à la rencontre des dirigeants des TPE/PME parisiennes pour leur proposer un diagnostic juridique gratuit de leur entreprise.

Depuis la loi Macron, l’installation d’un bureau secondaire se fait par déclaration à l’ordre du Barreau d’accueil : au bout d’un mois, sans retour négatif de l’ordre sur une installation déclarée, celle-ci est acceptée. Je trouve stimulante la perspective ouverte par le CNB de l’avocat domicilié en entreprise pour les PME qui n’ont pas de juristes.

Je trouverai tout à fait admissible que des avocats se domicilient, à titre secondaire, voire principal, dans des incubateurs, des Centres d’affaires, des pépinières d’entreprises, ou des espaces de coworking, pour se rapprocher de leurs clients.

Assurance responsabilité professionnelle (RCP): uniforme ou pondérée ?

Certains Barreaux pondèrent le montant de la prime en fonction de l’ancienneté et du chiffre d’affaires.

Le Conseil de l’ordre de Paris, lui, a fait le choix d’un montant per capita, uniforme que les avocats soient jeunes ou vieux, riches ou pauvres, insérés dans de grandes structures ou plus isolés.

Ce mode de répartition uniforme est justifié par ses défenseurs comme étant l’expression de « l’unité du barreau », ce monde merveilleux où chaque avocat est l’égal de l’autre.

Ce mode de répartition serait plus équitable au motif que « les jeunes feraient plus d’erreurs que les vieux ».

Les chiffres invalident pourtant ce préjugé.

Les jeunes avocats connaissent une sinistralité équivalente aux avocats de plus de 5 ans d’ancienneté mais leur dossier étant de moindre importance, le coût des sinistres est souvent moins élevé. Ce n’est pas l’ancienneté au barreau mais les conditions d’exercice qui constituent un facteur déterminant de la sinistralité. Si les grosses structures connaissent un taux de sinistralité moins élevé, leurs sinistres s’avèrent autrement onéreux quant au montant des préjudices réparés.

Je souhaite réouvrir le débat sur l’indexation de la RCP sur le chiffre d’affaires. Même si je mesure l’âpreté des débats qu’elle suscitera.

Numérique : comment relever le défi ?

Avant de dénoncer les Legal techs, il convient de porter un regard lucide sur l’usage que notre profession fait du numérique.

La profession n’est pas en pointe quant à l’usage qu’elle fait du numérique dans les relations avec les clients. C’est paradoxal, car nos échanges avec nos clients sont plus importants en volume et souvent encore plus confidentiels.

Moins d’un cabinet français sur 100 est équipé d’un espace client sécurisé accessible depuis son site. Nous ne pourrons pas durablement continuer d’exposer nos échanges avec les clients, au piratage ou aux erreurs de destinataire. Au-delà de la sécurité, il convient de repenser la relation avocat-client au travers du numérique.

La profession s’expose au risque que des nouveaux venus (les fameuses Legal Techs) comblent ce déficit de proximité numérique avec ses clients.

Les Legal techs, au reste, ne forment pas un bloc.

Certaines s’adressent directement au public : en automatisant un certain nombre de prestations comme la rédaction de contrats personnalisés, voire même la résolution de litiges, et ce pour un tarif fixe. Elles risquent de déstabiliser l’équilibre économique fragile de nombreux cabinets. Il faudra encadrer leur développement. Je m’étonne, au passage, qu’un de mes compétiteurs propose que l’Ordre devienne « le régulateur des services juridiques en ligne ». C’est oublier un peu vite l’existence du CNB. Le CNB est ce qu’il est (et il faudra bien finir par le réformer) mais il reste l’instance représentative de la profession tant vis-à-vis des pouvoirs publics que vis-à-vis des autres professions.

D’autres Legal techs s’adressent aux professionnels du droit : elles permettent aux avocats d’offrir des services en ligne, d’améliorer leur productivité et de se positionner sur ce qui constitue leur vraie valeur ajoutée.

Les Français et les justiciables ont bien compris : ils ne sont que 2 % à juger que l’avocat a principalement vocation à rédiger des actes juridiques. Selon eux, notre vocation principale est de les conseiller dans le cadre de la procédure (19 %), négocier un accord entre les parties (6 %) et leur expliquer la procédure (6 %). (Source : Le regard des Français sur la Justice et les avocats Septembre 2016 Sondage Ifop pour l’Ordre des avocats de Paris).

 

Certains de mes compétiteurs proposent que le Conseil de l’ordre fournisse un « Kit de l’avocat Connecté », voire même un « Pack Digital clef en main ». Le Conseil devra, selon moi, résister à la tentation de fournir un kit ou un pack, forcément standard, aux cabinets parisiens. Alors que les Legal techs rivalisent d’inventivité pour servir et anticiper les attentes de la profession, le Conseil de l’Ordre doit encourager l’innovation et la concurrence.

Je penche plutôt pour une labellisation.

Je souhaite, en revanche, renforcer les moyens et élargir les missions de l’incubateur.

Celui-ci devrait, selon moi, assurer quatre fonctions.

  • Un observatoire des innovations et des Legal techs. Il produira un rapport annuel (Cette fonction pourrait être mutualisée avec le CNB).
  • Un lieu de rencontre et de formation pour accompagner les cabinets dans leur transition numérique.
  • Un show room où les avocats pourront découvrir les solutions innovantes proposées par les Legal techs
  • Un accélérateur pour les avocats et élèves-avocats qui souhaitent se lancer dans l’aventure de l’entreprise.

Bref : un laboratoire du changement.

 

Abstention : Pourquoi 62 % d’avocats se tiennent ils à l’écart de notre démocratie ordinale ? 

62 % d’avocats ne prennent pas part à l’élection du Bâtonnier comme à celle du Conseil de l’Ordre.  Ou de manière intermittente.

 43 % d’entre eux, selon l’IFOP, n’ont eu aucun contact avec l’Ordre en 2014. 83 % ne prennent plus la peine d’ouvrir le Bulletin du Barreau.

L’Ordre, il est vrai, prête une attention lointaine, voire compassionnelle, à la précarisation de la profession, aux inégalités qui se creusent.

Les sujets de préoccupation pourtant ne manquent pas.

Nos instances ordinales font preuve d’une inquiétante passivité devant les abus du statut social de la collaboration libérale.

En dépit du nombre croissant de réclamations, aucune requalification n’a été prononcée par la Juridiction du Bâtonnier depuis plus de six ans. Et quand des cabinets sont condamnés par les juges d’appel, ils ne sont pas poursuivis sur le plan disciplinaire.

Qui peut comprendre que l’effort de solidarité pour tout le Barreau de Paris soit inférieur à l’indemnité annuelle de base du seul bâtonnier ?

Si les Bâtonniers se préoccupent aussi peu des conditions réelles d’exercice du métier par la majorité des confrères, une majorité d’entre eux ne juge pas (ou plus) utile de faire le tri parmi les candidats.

Facteur aggravant : la gouvernance de l’Ordre est illisible pour les confrères qui n‘appartiennent pas aux premier, deuxième et troisième cercles du sérail : c’est-à-dire l’immense majorité.

Elle est organisée selon des règles résolument byzantines :

  • Le Bâtonnier n’entre en fonction qu’un an après son élection : pendant un an, on l’affuble du titre assez peu républicain de « Dauphin ».
  • Le Bâtonnier en exercice assure la seconde année de son mandat sous le regard de son « Dauphin ».
  • Pour corser le tout, l’invention récente du vice-Bâtonnier (2010) est venue ajouter une couche de complexité. Le vice-bâtonnier n’a d’autres pouvoirs que ceux que le Bâtonnier veut bien lui déléguer (et qu’il aurait tout autant pu déléguer à un membre du Conseil).

Si l’architecture de nos instances est illisible pour la majorité de nos confrères, comment s’étonner qu’ils se tiennent à l’écart des élections ?

C’est pourtant des abstentionnistes, et d’eux pour une large part, que dépendent les réorientations qui s’imposent.

Il leur appartient de surmonter, pour une fois, leur scepticisme.

Et de m’accorder, selon la formule consacrée, leurs suffrages.

Lire, à ce propos, ma Lettre aux sceptiques

Lettre aux sceptiques

Vous faites peut-être partie des 43 % d’avocats qui, selon l’IFOP, n’ont eu aucun contact avec l’Ordre. Et des 83 % qui ne prennent plus la peine d’ouvrir le Bulletin du Barreau.

Il n’est pas difficile de comprendre les raisons qui tiennent une large majorité d’avocats à l’écart des instances de l’Ordre et de ses élections incessantes. Qui ne se sentent pas concernés par l’élection du Bâtonnier. Continuer la lecture de « Lettre aux sceptiques »

Mes réponses aux questions de Sauver la Collaboration Libérale

 SCL : 40 % des avocats parisiens sont des collaborateurs libéraux. On observe à Paris de graves abus en matière de collaboration libérale, les témoignages que nous recevons sont régulièrement bouleversants. Comment expliquez-vous la relative discrétion des candidats au Bâtonnat sur les dérives et les abus de la collaboration libérale ? Et la rareté surprenante des sanctions prononcées par l’Ordre des Avocats de Paris ? Continuer la lecture de « Mes réponses aux questions de Sauver la Collaboration Libérale »

Remise prochaine des Trophées de la campagne Bâtonnat 2016

1) C’est le tandem Peyron-Ader qui remporte cette année, haut la main, avec la vidéo Ce que pensent les femmes, le Trophée du clip publicitaire le plus luxueux et le plus onéreux de la campagne pour le Bâtonnat.

Un trophée d’autant plus mérité que certains esprits ont cru percevoir dans cette vidéo un petit relent de sexisme ordinaire. Cette polémique est odieuse. S’il y avait du sexisme dans cette vidéo, il était involontaire. Comme son humour, d’ailleurs. Continuer la lecture de « Remise prochaine des Trophées de la campagne Bâtonnat 2016 »

Collaboration libérale : sanctionner les dérives pour la sauver

Il faut se rendre à l’évidence.

Le statut de la collaboration libérale est en crise.

Il n’assure plus aujourd’hui la transition ni vers l’association ni vers l’installation.

Une minorité de cabinets, auteur des manquements les plus graves, profite de ses appuis au sein de notre Ordre pour en garantir l’impunité. Continuer la lecture de « Collaboration libérale : sanctionner les dérives pour la sauver »

On ne s’adresse pas impunément aux 29 000 avocats et avocates…

On ne s’adresse pas impunément 29 000 avocats et avocates.

On ne fait pas irruption dans leur messagerie sans s’exposer a ce qu’en retour, ils ne vous livrent leur avis ou ne vous interpellent. Pour me prodiguer des conseils ou des suggestions. M’exprimer leur soutien. Ou m’inciter à durcir encore le ton.

Les messages que vous m’avez adressés ont nourri ma réflexion. Ils m’ont donné de la force. Continuer la lecture de « On ne s’adresse pas impunément aux 29 000 avocats et avocates… »

Le vice-bâtonnat : une insulte à l’intelligence

Vous l’avez probablement remarqué : je me présente seul à vos suffrages.

Sans l’appui ou la béquille d’un Vice-bâtonnier.

Je sais : je me prive d’un précieux outil de ratissage électoral.

Je dénonce cette pseudo-institution depuis son instauration. J’en propose, avec constance, la suppression. Elle perturbe la gouvernance du Barreau. Et ne sert au final qu’à permettre l’élection des bâtonniers en cumulant les réseaux du candidat au bâtonnat et ceux de son partenaire. Continuer la lecture de « Le vice-bâtonnat : une insulte à l’intelligence »